Qui suis-je?

Lors de mes études de médecine, j'ai fait un stage au Burkina Faso, et dans un marché local, je suis tombé sur une mini kora qui m'a complètement obsédé, même si je ne savais absolument pas ce que c'était. J'ai ensuite entendu de la musique malienne qui m'a profondément touché. Dès mon retour, j'ai fait des recherches à la médiathèque locale et suis tombé sur des enregistrements de kora, dont je suis tombé amoureux.
Il n'en a pas fallu plus pour organiser un autre stage de médecine à Ségou au Mali, cette fois afin d'y découvrir la kora. C'est là que j'ai pu rencontrer mon futur professeur à l'Institut National des Arts (DialyMady Sissoko) qui a également fabriqué ma première kora.

A mon retour et pendant ma dernière année de médecine, j'ai passé tout mon temps libre à jouer de la kora avec Sadio Cissokho en Belgique. C'est lui qui me conseilla de partir en Afrique pour me perfectionner.

Je suis donc parti un an pour apprendre avec DialyMady Sissoko quotidiennement, entre une et deux heures par jour presque 7j/7. Je pratiquais ensuite deux à trois heures, puis je partais jouer dans un groupe de reggae (Avia), style dans lequel je peux dire que nous étions les premiers à introduire le djembé et le balafon, bien avant Tiken Jah Fakoly.

Avec la famille Tangara à Ségou

DialyMady Sissoko

Je revins ensuite un an en Belgique, mais j'avais envie d'apprendre encore donc je repartis pour un autre séjour. J'avais beaucoup progressé et les choses ne se passèrent pas comme prévu...
Je n'apprenais plus, je tournais en rond et je décidai même de partir en Gambie pour trouver d'autres professeurs... J'en ai parlé avec Toumani Diabaté qui me dit que ce serait un déshonneur si je faisais cela et me proposa donc de vivre chez lui.

C'est là que le déclic se produisit. J'étais malade et presqu'au bord de la mort, souffrant de paludisme et de typhoïde. Sans l'aide du Dr Modibo Sangaré, une des personnes les plus vertueuses que j'ai pu rencontrer dans ma vie, j'y serais resté. Je ne progressais pas. Je décidai donc de prendre les choses en main et de commencer à apprendre des morceaux occidentaux à la kora entre deux épisodes de fièvre. Ce que je ne savais pas, c'est qu'un soir, Toumani qui était dans la cour m'entendait répéter.

Le maître me convoqua...



Il me dit: "Voilà ton chemin Vincent, tu dois utiliser ce que tu as appris dans la tradition mandingue et l'utiliser dans ta culture, car tu ne pourras jamais atteindre notre niveau dans notre style, c'est pourquoi tu es bloqué".

Cela tomba comme un choc mais n'en parlant à personne, j'alla acheter mon billet retour.

Je rendis visite à un ancien pour lui faire part de ma décision de partir, et il me dit que c'était la meilleure chose que je puisse faire, car au Mali, seul un père enseignera à son fils les "secrets" de son jeu, et les gens comme moi ne peuvent recevoir que les choses superficielles et accessibles, étant extérieurs au cercle des djelis.

Il me partagea d'autres secrets qu'on ne peut révéler ici mais j'avais bien entendu, et il me dit que traditionnellement, connaître un morceau et accorder la kora était plus que suffisant pour devenir un joueur de kora. Le reste devait se faire par la force du poignet soi-même en écoutant les autres.

Le milieu des musiciens au Mali est un milieu extrêmement dur de par le peu d'opportunités et le besoin d'être le meilleur pour se différencier et pouvoir aller à l'étranger ou briguer le peu de scènes disponibles.
On ne donne pas ses secrets du métier comme ça simplement pour l'argent. Comme je l'ai dit, cela se fait de père en fils et ce derrière des portes fermées, en plus des initiations traditionnelles réservés aux djelis.

Le retour en Belgique fut extrêmement brutal, sans repère ni guide, mais j'avais eu une idée un dimanche à Bamako, car tout le monde se pressait autour des télévisions un peu partout pour regarder les clips de Bollywood.

Cela me donna l'envie d'apprendre la musique indienne et avant de rentrer en Belgique, je pris contact avec des centaines de professeurs de musique. Je cherchais quelqu'un qui puisse m'apprendre la musique indienne sur la kora.

J'eus seulement trois réponses dont un chanteur, M. Bose, professeur de musique carnatique à l'université de Pondicherry.

J'économisai deux ans avant de partir pour six mois en Inde pour suivre ces cours. M. Bose me dit de laisser la kora à la maison, car tout l'apprentissage allait se faire par le chant! Je ne m'y attendais pas mais par la force des choses je devins chanteur...



Avec M. Bose à Pondicherry

Je découvris que la méthode d'enseignement indienne était excessivement rigoureuse et structurée, à l'inverse de ce que j'avais appris en Afrique où l'improvisation est prépondérante.

Cela influence énormément ma méthode d'enseignement car j'utilise les deux approches afin que mes élèves aient des bases solides et une capacité à improviser.

Une autre rencontre très importante pour le développement de ma méthode d'enseignement est Lubiana Kepaou, qui cherchait un professeur de kora alors qu'elle débutait. Vu qu'elle était déjà musicienne et au Conservatoire, je me devais d'adapter mon enseignement à ses besoins, et d'aller aussi rapidement que possible.

C'est à ce moment-là que j'ai raffiné ma pédagogie, lui transmettant tout mon savoir pendant presque dix ans.

Vint ensuite le covid, et le besoin d'enseigner par vidéos, me permettant d'encore raffiner mon approche.

Je passe énormément de détails dans mon histoire, mais si nous nous rencontrons, je pourrai vous les partager...

Je joue également de la kora en concert et pour des projets, et j'accompagne également les gens avec le safe and sound protocol qui utilise la musique pour réguler le système nerveux.

Le groupe Avia au bord du fleuve Niger